Chronique | Sept Voiles : un drame biblique trop grand pour Atom Egoyan?
Prenez note que cet article publié en 2023 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour. C'est aujourd'hui que le dernier opus d'Atom Egoyan, Sept Voiles (Seven Veils), sort au cinéma. On y retrouve Amanda Seyfried dans le rôle principal. Elle incarne une jeune metteuse en scène d’opéra qui a pour mission de remonter Salomé de Richard Strauss d’après la version de son mentor récemment décédé. L’épisode biblique mis en musique par le compositeur est très violent, il y est notamment question d’inceste et au fur et à mesure qu’elle travaille à la reconstruction de l’œuvre, l’héroïne réalise à quel point l’homme à qui elle succède s’était inspiré de son histoire à elle, en tant que victime d’inceste elle-même, pour son travail. Depuis 1996, Atom Egoyan est régulièrement appelé par la Canadian Opera Company pour mettre en scène justement Salomé. La dernière fois, c’était à l’hiver 2023. Une période qui coïncide avec le tournage de Seven Veils au Four Seasons Center for the Performing Arts de Toronto. La mise en scène de Salomé d'Atom Egoyan était présentée en février 2023 au Four Seasons Centre for the Performing Arts. Photo : Michael Cooper / COC L’idée de départ est une réflexion sur le travail autour de Salomé : comment mettre en scène cette histoire en fonction de ses propres traumatismes ? Dans le film, on imagine le mentor du personnage joué par Amanda Seyfried comme un avatar d’Atom Egoyan. L’épouse et les équipes de l’opéra lui demandent de tout faire pour respecter le travail de ce dernier, malgré le fait que le temps a fait son œuvre et qu’elle pourrait aussi y apporter sa sensibilité et se réapproprier son vécu. Il y a très peu de musique pour un film où l’opéra est central. Par ailleurs, le personnage principal manque de force. Amanda Seyfried semble perdre pied face à la partition. Au fil de l’histoire, l’inceste se dessine jusqu’à être abordé frontalement, mais on ne sent pas le traumatisme chez le personnage. C’est assez ennuyeux et la réalisation d’Egoyan insiste lourdement sur le génie de sa mise en scène. Le tout est ponctué d’histoires annexes, notamment celle d’une accessoiriste qui se fait agresser pendant la production, mais dont la parole est remise en doute. Il est certain que le réalisateur a voulu ainsi renforcer l’importance d’être à l’écoute des femmes, mais peut-être que cela aurait mieux fonctionné si la parole avait été laissée aux premières concernées pour raconter leur propre histoire ? Après une heure quarante minutes de projection, on réalise que la catastrophe annoncée n’arrive jamais. La puissance de l’opéra originel était peut-être trop grande pour qu’Atom Egoyan puisse s’en saisir pleinement. D’autant que le film immortalise un travail scénique qui n’a pas été forcément plébiscité par le public. Alors pourquoi? La question reste entière.Salomé trop grande pour Egoyan ?

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